vendredi 11 janvier 2013

Hypocondre


La femme anormalement malade,
Elle est hypocondriaque.

Je me sens sous zéro, je gèle et je craque

ma peau gercée rayonne d'air feuilleté entre mes lèvres fendues

Sur le papier
Elles embrassent un bouquet de fleurs

c'est un cœur en sang

je le dessine le long de ma cuisse, ma veine éclate et le joint s'enfonce comme la racine.


Le gémissement, la douleur, non pas de regret,

seulement mes côtes transpercés, oui moi aussi.


Le bois m'étrangle et la pâle morsure du matin
celle-là même : rouge sur le cou de cette femme hier soir,
dans la petite Agonie lointaine.

Rien n'y paraît plus, elle a dormi.


Je ne voudrais mourir qu'à la levée du pollen hors de mon étamine asséchée.
La solitude des temps froids me transit au creux des tripes.

Faites-moi l'amour, je suis hystérique.
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Mon utérus se promène dans mon ventre. Il me donne des diarrhées qui m'assèchent la bouche.
Il est pénible
de ne point pouvoir se lever.

Aucune eau ne me ressaisirait plus que la tienne, oh cher amour brûlé, gisant à la souche du défunt feuillu. »


Elle était belle et verte de santé, la femme transparente
comme une feuille de peuplier couchée dans un lit de pierres mouillées.


En cette nuit exsangue et confuse, elle mourra à l'aube grise d'un paradis sans lumière.

mercredi 10 octobre 2012

Faire face


  • FURIE, subst. fém.
Étymol. et Hist. 1. a) xves. « fureur vive qui se manifeste avec éclat » (O. BasselinVaux-de-Vire, éd. P.-L. Jacob LXI); b) 1635 « impétuosité d'action » (Mair.Sophon., IV, 5 ds Littré); c) 1668 « passion excessive » (Boileau,Satires, éd. A. Cahen, VIII, 240); d) 1668 « agitation violente (ici en parlant d'éléments naturels) » (La Fontaine,Fables, éd. H. Regnier, livre I, 22, 25); 2. 1640 (par allusion aux divinités infernales les Furies) « femme violente, emportée » (CorneilleCinna, IV, 1). Empr. au lat. class. Furia, gén. au plur., désignant les trois Furies, déesses symbolisant la vengeance (cf. xives. [ms.] Bercheure, fo23 vods Littré); puis « une femme emportée »; en lat. imp. signifie « délire, égarement »; furie a remplacé les formes pop. fuire. 1remoitié xiies. (Psautier Cambridge, p. 268, 7 ds T.-L.); fure (ca 1165, B. de Ste-MaureTroie, 26393, ibid.).


Encore une fois, j'ai cherché une étymologie pouvant expliquer quelques phénomènes d'envergure qui tiennent lieu dans ma vie : l'impétuosité, la passion, l'agitation (voir De l'eau), la vengeance. Tous des transports violents. Du moins jusqu'à la fuite, dérivation de furie, justement, un remplacement de la forme populaire fure, utilisée au douzième siècle pour exprimer le délire et l'égarement. 

***

Je rêve souvent d'une fuite ;
je refuse une situation  où il n'y a pas l'aventure,
ou bien je refuse  un traitement spécial, qui me ferait dormir comme les autres, dans les sacs d'eau. 
 Je ne vais pas très loin, je retourne d'où je pars, après un cycle qui m'aura appris certaines limites, des circonscriptions.
Sinon, des gens me retrouvent et tout sourire, ils me relèvent de la boue et me ramène en lieu sûr.



Dans Le jeu de saint Nicolas, une pièce théâtrale de Jean Bodel, il est dit qu'il faut avoir le pied léger pour disparaître. 
Peut-être ai-je les pieds trop lourds ? 

Cet été, une dame, vieille fille, me dit que j'étais étherale. Eh bien, pour commencer, c'est un mot qui n'existe pas. Pour ajouter, elle dit : Comme si tu étais présente, mais à la fois absente. 
Certes, je veux bien avoir un de ses airs qui vient des régions supérieures ! Un air subtil qui enveloppe tout comme Baudelaire... Ma foi, c'est bien mystérieux, merci ma dame, quel honneur, je vous en prie.


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V

L'impétuosité, la passion, l'agitation et la vengeance sont des transports très physiques qui s'emparent de ma chair. C'est une question de corps, de corps temporel me direz-vous ? Ha ha, oui ! Ce sont des choses qui passent, elles ne se figent pas comme un rocher, qui encore s'éroderait avec le temps et ne serait plus que poussières de sable !

En attendant, elles m'alourdissent pas seulement les pieds, mais tout le corps, puis le coeur et l'esprit, aussi étherale et volage soit-il. Je reste figée, comme sur une photographie. 

La fuite du jour, c'est la honte
Ne me voici pas. Gaby ce n'est pas moi.

lundi 20 août 2012

De l'eau

 
African Pirates Abducting a Young Woman, Eugène Delacroix, 1852


«Ta femme est comme une source d'eau pure. Bois à cette source !
Ne laisse pas son eau couler dans les rues et se disperser sur les places publiques.
Qu'elle soit pour toi seul ! Ne la partage pas avec des étrangers.
Remplis-la de bonheur, trouve ta joie dans la compagne de ta jeunesse.
Ta femme est aimable, et gracieuse comme une gazelle. Que son corps te comble toujours de plaisir. 
Abandonne-toi sans cesse à son amour.»
Livre des Proverbes : 5, 15-19

 «Je parlais des sources tout à l'heure, des sources sous-marines, quand le printemps fleurit au fond du lac... Le jeu est de les trouver à leur jaillissement. C'est soudain une eau qui se débat au milieu de l'eau. On essaie de la comprimer des deux mains. On est inondé d'une eau qui n'a touché que l'eau.»
Giraudoux, Ondine,1939, II, 9, p. 121.


Between the waves, Iván Aivazovski, 1898
Je ne suis point tarie.
Je suis seulement agitée. 

Azure Grotto, Iván Aivazovski, 1841


Celui qui voudra boire à ma source devra aller en amont, haut dans la montagne, se coucher près de l'origine de ce qu'il a vu couler, difforme et souillée, en bas.
S'il s’assoit près d'elle, il connaîtra une eau ayant la capacité de toutes les saveurs, c'est une substance adaptée à tous les goûts lorsque vierge et pure.  
C'est une eau naissante qui veut grandir et non pas se disperser ; concentrée entre quelques pierres, elle est lac sacré. 

jeudi 26 juillet 2012

Repoussoir

J'ai si bien oubliée
Si bien tout enfoui
Si j'ai eu peur
Si j'ai eu manque
Mon coeur ne me l'a pas dit
Il garde
secrets
et paroles
comme un noyau
un germe 

Le repoussoir
où la terre s'ensemence à nouveau

Après moult jachères
et sécheresse oubliée
oublié qu'elle avait en son sein
des graines fertiles.

De germes et de pousses
que les petits animaux sauvages
voudront grignoter,
les animaux.

La marmotte, les carottes.
Les ratons, les radis.
Les taupes, les topinambours.
Et ainsi de suite.
*
Comment fabriquer mon épouvantail ?
Tissu de jute, bien rugueux et piquant,
chapeau,
salopette,
chemise à carreaux boutonnées jusque dans le haut,
combine avec une trappe pour les fesses.

Voilà qui fera bien peur à mes détracteurs !

J'assurerai ainsi ma survivance, jusqu'à la moisson,
toi, mon octobre d'action
de grâces je te comblerai.

Peut-être aurais-je même un fier cultivateur pour m'aider à labourer ma terre le printemps prochain ?

- Wô ! wô ! Rêve pas trop vite ma jolie, il faut faucher en masse d'ici là !

... ouin ben moi j'préfère cueillir des bleuets.


mercredi 18 juillet 2012

Artichaut



Cœur d'artichaut
arrêtes de monter en graines.

« Laisses les tomber, penses à ton avenir.»

Cœur d'artichaut
saches que s'il n'y avait pas de soleil, tu ne grandirais pas.

« Tant de lumière, je suis bien à la lumière, je grandirai. »

Cœur d'artichaut
ne fait pas tomber ta semence dans un sol de ronces

cœur

cœur

« J'ai besoin d'amour pour vivre; je veux être utile et nourrir toute une famille.»

Cœur d'artichaut
n'ai plus peur
tu ne pousseras plus dans le fumier.
ni entre deux craques de trottoirs

« J'ai un beau jardin tout peuplé de légumes comme moi et un tuteur en forme de croix. »

Tu n'es pas chiendent, cœur d'artichaut
rien n'est plus tendre que toi.

« Vas-tu me manger cru, me cuire au four ou me bouillir ? »

À la petite cuillère, cœur d'artichaut, à la petite cuillère comme il se doit,
tu es trop mignon pour être briser à la fourche et au couteau.

Ça ne te fera pas mal.

dimanche 15 juillet 2012

Parole du soir sur l'oreiller


Parole du soir sur l'oreiller ;
Dis-moi fleurette, je serai bleue.
Frémis l'alouette dans tes yeux,
Dans ce miroir, je veillerai.

Rossignol m'amène aux fontaines,
Je me déshabille sous son aile.
L'eau est si belle, tu m'y baignes ;
Laves-moi de lait et de miel.
Mes lèvres comme un plant de fraises,
Plus près, agenouilles toi y,
Goûtes l'usufruit de ma chair,
Mon champs où tu rêvasses assis.

Tu m'installes une lune de chevet,
Loin du vertige de l'obscurité, m'allonges.
Tu bordes mon lit de comètes,
Pour que je visite tous tes songes.


*


Partout je croise ton oeil ;
Derrière les rideaux de pluie,
Jusqu'au lit de feuilles.
Je retourne à la terre entre leurs plis.

Recouvres moi de ton lichen
Accueilles moi dans l'humidité de tes rochers.
Plus de mal ni de peine,
Me voici stalactite sans chuter,
De poussières je m'envolerai,
Peu à peu jusqu'à ce que le vent me surprenne
cachée entre les étoiles rapprochées
qui me couvrent de leur antienne.

Me nourrir par toi, gardien
De mon corps dans ce cycle infini,
d'eau, de lumière, de souffle divin,
de rêves éternels, d'épiphanies.

Janvier/Juillet 2012

Les ciseaux bataillent le papier : ribambelles.



Éclats de supernovas coulées lacrymales sur le sol
Yeux bouchés langue avalée nez plein de poudre de chair
Les chiffons auront tôt fait de nettoyer la place de l’agonie
Les corps égrainés enroulés dans le papier de soie seront fumés combustibles
Le cancer fume le cancer et souffle le cancer
Continuelle gerbe du peuple imberbe au tas d’idée
État civil et veuve se font la cour
La peste des ruelles pullule partout jusque dans les lits imbibés de la flaque tiède jamais épongée
Tordre les draps licher le sang cuivre sous la langue crispée à l’odeur d’une fontaine publique.
*
Spéculations sur le container :
Peur des vermines mangeuses de corps dans un sac en plastique noir.
Calamités au dépotoir
Roues sans essieu pneus en cavale divans de salon.
Manger du carton beurre d’entrecuisses.
Couches de terre eau grumeleuse.
Sandwichs aux rats.
Creuser un trou déjections des pendus.
*

Les
oiseaux
en
V
                                           Paix
                             aux
           cieux
ou
               
             Victoire
                                         pour
                                               
                                                                 les
      

migrateurs


?

Zigzag des satellites bombardés
Vertige des codes barrés dans le dos des ondes pénétrantes des organes électromagnétiques
Mécanisme céleste engrenage aléatoire trous venteux
Bille bleu têtue qui tourne et qui tourne et qui tourne sans relâche jusqu’à la nausée explosive du soleil
Saisir les méandres
Quelqu’un éternue dans la poussière en suspens.


avril 2011